Action Culturelle

Entretien avec Nicolas Pariser

Ancien critique de cinéma, Nicolas Pariser nous revient après « Le Grand Jeu » avec son nouveau long métrage,
« Alice et le maire » : une plongée réjouissante et ciselée dans l’envers du décor politique.

Coupole : Le monde politique est un univers assez peu représenté par le cinéma français et souvent réservé dans le cinéma anglo-saxon aux polars et aux récits d'enquête, à l'image d'ailleurs de votre premier long métrage "Le Grand Jeu". D'où vous est venu ce choix audacieux de la comédie ?

Nicolas Pariser : Je pense que la comédie et le politique se marient bien et si la comédie politique est un genre relativement rare en France, il ne l'est pas tant que ça ailleurs. Il y a de nombreuses comédies politiques aux Etats-Unis – des films de Frank Capra à des films plus récents comme Bulworth de Warren Beatty, qui est un cinéaste politique que j'aime énormément – mais aussi en Italie par exemple. Une de mes inspirations pour Alice et le maire est le cinéma de Nanni Moretti.

Coupole : Représenter la politique au travail en filmant des gens qui parlent pourrait avoir l'air d'une critique ouverte. Et pourtant, "Alice et le maire" fait également preuve d'une grande bienveillance à l'égard de ces missions. Cet engagement du côté du politique est-il une réponse à la désillusion actuelle ?

N. P. : À vrai dire, je voulais me faire l'avocat du diable. Le monde politique est tellement vilipendé qu'il me semblait impossible de faire la énième critique au vitriol de cet univers. Je me suis alors dit, "qu'est-ce qu'il y aurait quand même à sauver ?"
Est-ce que la vocation politique c'est si nul ? Les hommes politiques sont-ils si impuissants ? Est-ce qu'il n'y aurait pas, quand même dans la masse de travail produit dans une mairie, par exemple, quelque chose d'utile, voire de digne ? Voilà, je voulais aller à l'encontre de l'atmosphère contemporaine qui considère que le monde politique tel qu'il est un problème à éradiquer dans l'urgence.

Coupole : Vos personnages portent tous en eux une grande complexité et parfois même une ambiguïté à l'endroit de leurs fonctions. Bien qu'en son centre, "Alice et le maire" dresse le portrait d'un homme en fin de carrière, avez-vous souhaité en faire un film sur la jeunesse actuelle ?

N. P. : L'héroïne du film est incontestablement Alice, le film s'appelle Alice et le maire et ce n'est pas hasard. Le point de vue du film est celui de cette jeune femme, pas celle du maire et le film traite effectivement des problèmes auxquels la jeunesse est confrontée plus que des états d'âmes de la génération des baby-boomers en perte de repère.

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