Action Culturelle

Entretien avec Erwan Le Duc

Réalisateur du fim “Perdrix”

Coupole : Pourquoi avoir choisi la comédie et même parfois l’absurde pour raconter un coup de foudre ?

Erwan Le Duc : Probablement pour la distance que la comédie suppose, parce qu'elle permet de chercher un équilibre dans le déséquilibre vis à vis de l'expression des sentiments, de leur naissance. On peut jouer sur la pudeur, sur le décalage, avec des pointes d'absurde ou de burlesque, sur les faux semblants et en même temps attaquer frontalement les émotions, par la parole et l'action, quand ça échappe aux personnages, ou quand ils essaient de s'en défendre, comme le font beaucoup Pierre Perdrix et Juliette Webb dans la première partie du film. Ensuite ça bascule plus franchement, et le film suit une autre pente, moins dans la comédie, plus dans l'aventure, que les deux protagonistes convoquent pour s'imaginer un ailleurs possible, ensemble. 

Coupole : L’imaginaire du film est très dense, très nourri.
Les décors et la musique y sont pour beaucoup.
Comment avez-vous travaillé cette direction artistique ?

E.L.D. : Je voulais faire un film de rencontres et de contrastes, marier les contraires, jusque dans l'univers que je cherche à créer. Partant de là, une certaine richesse s'est imposée, je voulais un film généreux, foisonnant, partant parfois dans tous les sens, toujours surprenant, mais jamais gratuitement. Les décors, les costumes, tout l'univers visuel du film y participe, ensuite c'est le travail de l'équipe décors, menée par Astrid Tonnellier, et costumes, avec Julie Miel, qui fabriquent tout ça, et qui dépassent mes indications pour inventer cet univers à part. On a toujours été très exigeant et attentif aux moindres détails. Il y a des décors sur lesquels j'ai passé beaucoup de temps à simplement placer ou déplacer un cadre au mur, ou des bannettes derrière un bureau, des choses qui ne se voient jamais, mais qui se sentent, qui donnent au film sa couleur et son style, je l'espère en tout cas. 

Coupole : Le film questionne beaucoup la liberté.
Même le personnage le plus libre du film, Juliette, est rappelée à un cadre (sa voiture, ses journaux intimes).
Pierre Perdrix ne serait-il pas une synthèse de ce questionnement ?

E.L.D. : Tout à fait, Pierre Perdrix peut être vu comme une synthèse des différents questionnements qui traversent le film, et qui sont portés par les différents personnages. La liberté, c'est Juliette, avec ses carnets qui sont sa vie et aussi sa prison, mais c'est aussi Marion, qui veut partir mais sans abandonner les siens, ou Thérèse, qui finit par trahir son engagement envers son fantôme de mari pour retrouver une certaine liberté, au moins de mouvement, rejoignant d'ailleurs la citation de Cioran qui apparait à un moment, "l'homme libre ne s'embarrasse de rien, même pas de l'honneur". Il y a aussi la question de l'identité qui traverse le film, entre les nudistes adeptes du dépouillement, et les reconstituteurs qui prônent l'artifice à outrance. Et Perdrix est pris en tenaille au milieu de tout ça, il est sommé par Juliette de se positionner, et ça change tout pour lui, cette attente, soudaine et sincère, que les autres ne se permettaient pas de lui imposer, alors que Juliette s'en moque, n'a aucun scrupule, et pas de temps à perdre. Du coup elle le met au pied du mur, ou en haut de la montagne, et à lui de faire un choix, et de s'engager, enfin.

Séances à la Coupole et bande annonce du film "Perdrix"

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