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ENTRETIEN AVEC ANNE ÉMOND, RÉALISATRICE DE JEUNE JULIETTE

Anne Emond est une scénariste réalisatrice québécoise dont les trois précédents longs métrages ont été largement remarqués au sein de multiples festivals internationaux. «Jeune Juliette» est son quatrième long métrage. Anne Emond est une scénariste réalisatrice québécoise dont les trois précédents longs métrages ont été largement remarqués au sein de multiples festivals internationaux. «Jeune Juliette» est son quatrième long métrage.

«Jeune Juliette» se fait le portrait fantasmé d’une bande d’enfants originaux et passionnants en pleine transition vers l’adolescence. La lumière qui s’en dégage cohabite aussi avec un égoïsme assez extrême. Cette ambivalence est caractéristique des enfants selon vous ?

A.E. : Oui. Sortir de l’enfance, pour moi, c’est prendre conscience du regard des autres, des jugements, et même, de la cruauté du monde. Ainsi, il me semble que c’est un passage obligé que d’expérimenter cette cruauté, à la fois comme victime et comme bourreau. Pour le meilleur et pour le pire, beaucoup des relations humaines sont régies par des jeux de pouvoir, et sortir de l’enfance, c’est débuter cet apprentissage.
Par ailleurs, un adolescent est en pleine construction. À cet âge, on ne sait pas trop qui l’on est, ce qu’on va devenir; me semble donc normal d’être parfois égoïste, tout occupés que l’on est à essayer de se créer, de s’inventer. Mais j’ai aussi voulu faire un film pour dire que tu pouvais choisir de ne pas être du côté de la cruauté. Ça demande du courage et du recul, mais c’est pas une fatalité

Une Juliette comme la votre peut-elle encore survivre à son adolescence dans nos sociétés actuelles hyper connectées sans y laisser trop de plumes ?

A.E. : Oui. Je le crois du moins. J’ai volontairement accordé moins de place à la technologie dans le film que celle qu’elle occupe réellement dans nos vies modernes. Je voulais laisser le champs libre aux émotions, aux grands apprentissages de l’adolescence. Je pense sincèrement que la dictature du selfie, du status et de la story n’auront qu’un temps. Nous sommes déjà en train de nous rendre compte que les réseaux sociaux créent des environnements toxiques, nuisent à la circulation de l’information et ultimement, menacent la démocratie.
Je crois que jeunes comme plus vieux auront de plus en plus envie de se tourner vers des communautés réelles, bienveillantes et tangibles.
Peut-être suis-je trop optimiste, mais c’est vraiment ce que je pense, et il me semble même que le mouvement est déjà amorcé.

Est-ce un geste politique de votre part d’offrir un « modèle » aux enfants joyeusement hors-normes ?

A.E. : Oui. J’ai voulu, avec humour, bienveillance et humilité, faire un film non seulement sur l’acceptation de la différence mais même sur la force de celle-ci. Nous avons suivi la norme depuis des décennies; trouver un métier, consommer, répondre aux critères sociaux de beauté et de classe, tout cela pour servir un système qui ne nous veut pas du bien et nous a mené au gouffre devant lequel se trouve l’humanité aujourd’hui.
Nous avons besoin de formes de pensées différentes, d’excentricités, de candeur. Toutes les idées sont les bienvenues, et il me semble justement que ce sont ces enfants joyeusement hors normes qui vont changer le monde, c’est d’eux dont on a besoin, dans l’avenir !

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